Presse

Mai Tran  Cahier spécial 303 - Projets d’artistes en Pays de Loire 2011

Donner à voir le temps, c’est la promesse subjective et mélancolique qu’offre le travail photographique et filmique de Judith Josso. Disparition, effacement, dissolution, elle prélève les traces et les fragments de ces mémoires qui échappent. Une esthétique poétique plus que documentariste enveloppe une oeuvre inquisitrice qui cherche l’usure, la lassitude, et parvient à créer une forme d’inquiétude intérieure. Les titres Work-in-progress (2008-2011), Au fur et à mesure (2008) démontrent de cette obsession sentimentale pour le temps, celui harassant des travailleurs sur un chantier qui n’en finit pas, celui inéluctable de la vieillesse sur le corps d’une grand-mère. En guettant l’indéfinissable des temps, elle convoque la persistance de la mémoire à travers une diversité plastique singulière. Sur les bitumes citadins, elle traque les empreintes des dates dans le béton tandis que Broadway2 s’inscrit dans une quête autobiographique de l’histoire de son arrière-grand-mère au passé incertain. A Angers3, elle invite le public à manipuler, déployer, éparpiller au sol vingt-trois modules de bois empilables comme des Mécanos, chacun contient deux photographies recto-verso de cette immersion dans un chantier, tels les éléments d’un puzzle architectural qui en défragmentant l’édifice redonne mémoire au processus de construction.

A Cholet, elle présente les onze portraits d’ouvriers qui imprimés sur bâche flottent à hauteur d’yeux et déroule dans l’espace ainsi déstructuré les photogrammes d’un cinéma intime à l’érotisation trouble. Par l’exploration de son désir absolu de restituer des bribes de temps et de mémoire, lentement, le portrait sensible de l’artiste s’esquisse.